Si vous entrez à Monségur en venant de Duras, vous voyez à votre gauche, au croisement de la route de la Réole, le buste d'un homme torse nu, très musclé, au visage déterminé et fier, à la barbe conquérante. C'est le docteur Rouhet :

Docteur Rouhet, buste



Georges Rouhet, docteur en médecine, habitait Taillecavat, près de Dieulivol, au tournant du XIX° et du XX° siècles. C'était un fervent adepte de la culture physique qu'il pratiquait avec fanatisme.

 

Rouhet tel qu'en lui-même

Rouhet et un élève

Il se baignait tout les jours dans le Drop, allant jusqu'à casser la glace en hiver ! En 1907, le Dropt avait gelé sur plus de 7 cm. Voici, ci-dessous, deux cartes postales qui le représentent nageant entouré de blocs de glace gros comme des parpaings !

Au début de la Seconde guerre mondiale, il y eut aussi des hivers rigoureux. Il demanda à son fermier, monsieur Blanc, de casser la glace pour qu'il puisse s'y baigner. Né en 1854, il avait alors 85 ans bien sonnés !

Rouhet dans la glace

Rouhet dans la glace 2

Il comparait la culture physique à l'élevage des chevaux et a écrit un ouvrage intitulé : « Le pur-sang humain ».

Il s'est aussi occupé des chevaux (hélas pour eux !) et leur faisait faire des trucs bizarres : des exercices d'équilibre pour Germinal, comme vous le voyez ci-dessous, de la natation...

Rouhet sur Germinal 2

Rouhet sur Germinal

Germinal, une craie dans la bouche, écrivait au tableau le nom de son maître, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Il comptait également avec sa patte. Le docteur Rouhet disait qu'il aimait mieux enseigner aux chevaux qu'aux Gavaches car ils avaient plus de facilités d'apprentissage !

Germinal écrivant

Sur cette autre carte postale, on peut voir la jument Carmen assise sur son train arrière devant une table à laquelle ont pris place le Docteur lui-même et son chien. Tous les convives ont la serviette autour du cou (un drap de lit pour Carmen !) pendant que la bonne, debout à côté, sert la soupe !

Rouhet et ses commensaux

Le docteur Rouhet devait avoir des prix chez les éditeurs de cartes postales, si l'on en juge par le nombre de celles qui le représentent, lui, ses disciples, ses chevaux et ses chiens.

La statue que je vous ai montrée ci-dessus n'est pas la statue originale, fondue sous le régime de Vichy (1940-1945), mais une copie réalisée après la guerre. La première avait été érigée par souscription, c'est à dire avec l'argent d'une quête faite auprès de la population. On dit que le plus gros donateur fut... Rouhet lui-même ! Et chaque fois qu'il passait devant, il arrêtait son cheval, lui faisait faire une génuflexion pendant que lui-même ôtait son chapeau.

Le docteur Rouhet est mort en 1952, à 98 ans. Il est enterré en plein champ, sur ce qui fut ses terres, comme faisaient autrefois les propriétaires non-conformistes. Une tombe particulièrement vaste, même si l'on considère qu'elle comporte trois places : au centre, le Docteur, à sa droite, Germinal, à sa gauche, sa servante ! Cela montre la place qu'occupe la femme dans la famille du « pur-sang humain » : la première... après le cheval !!!